Le retour au travail : de la perspective des professionnels de la santé, des assureurs et des autres intervenants

Selon la nouvelle norme canadienne (CSA Z1011 :20) en gestion de l’incapacité au travail, l’organisation peut vous consulter, à titre d’expert, pour la prise de décisions en matière d’aménagements au travail. Les données probantes colligées ici, portant sur l’évaluation et l’intervention des travailleurs, vous permettront d’affiner votre expertise en la matière.

À QUI cette section est-elle destinée?

Aux experts, soit les professionnels de la santé et autres intervenants (ergonomes, hygiénistes du travail, etc.) qui interviennent sur des facteurs qui influent sur le RT RT Retour au travail  et qui sont à la recherche de données probantes sur le sujet. Aux acteurs du milieu de travail et aux assureurs curieux de mieux comprendre la nature de ces facteurs et, dans certains cas, pour déterminer des cibles d’ intervention. N’oubliez pas : la majorité des évaluations et interventions sont exclusives à des professionnels accrédités.

POURQUOI consulter cette section?

Pour mieux comprendre :

    • quels sont les principaux facteurs modifiables qui influencent la durée d’absence ou le RT RT Retour au travail  afin d’orienter l’ intervention ;
    • quelles sont les interventions qui ont le potentiel de modifier ces facteurs

De QUOI est-il question dans cette section?

De quelques recommandations générales portant sur les interventions efficaces basées sur les données probantes

Des rôles et responsabilités et des actions des différents experts appelés à intervenir

Des facteurs modifiables, de leur définition et de leur mesure. Pour l’instant, seuls les facteurs communs aux TMS TMS Troubles musculosquelettiques  et TMC TMC Troubles mentaux courants  sont présentés. À noter que d’autres facteurs seront identifiés et documentés prochainement.

Des interventions efficaces avec au moins une composante en milieu de travail:

    • Pour les TMS TMS Troubles musculosquelettiques 
    • Pour les TMC TMC Troubles mentaux courants
    • Pour la santé globale

QUAND cette information est-elle utile?

Durant tout le processus du RT RT Retour au travail 

COMMENT cette information peut-elle être utilisée (applications)?

  • En informant nos collaborateurs sur les cibles potentielles d’ intervention ;
  • En favorisant les interventions qui ont été démontrées comme efficaces par la recherche
  • En prévenant le développement de l’incapacité ou les récidives (comité de SST SST Santé et sécurité au travail  );
  • En l’utilisant pour la formation sur l’ incapacité au travail .
1.

Recommandations pour des interventions efficaces

Les recommandations suivantes, basées sur les données probantes , soulignent les interventions à mener par les utilisateurs ciblés et les objectifs à rencontrer pour assurer un RT RT Retour au travail  sain et durable des travailleurs ayant subi un TMS TMS Troubles musculosquelettiques  ou TMC TMC Troubles mentaux courants .

  • Favoriser les interventions comprenant au moins une composante (figure 7) en milieu de travail.
  • Favoriser la combinaison de plusieurs composantes d’interventions provenant d’au moins deux de ces domaines : santé, coordination des services et aménagements au travail;
  • Favoriser l’ intervention multidisciplinaire/interdisciplinaire (ou programme) pour des situations pour lesquels l’absence du travailleur se prolonge.

Note : La combinaison optimale de composantes ou d’interventions cliniques (traitements) et non cliniques d’un programme ou intervention demeure inconnue.

Les recommandations visent à vous accompagner de façon constructive dans un processus de RT sain et durable. Les recommandations soulignent les savoirs (principes, activités essentielles, approches) et les interventions/actions à mener par les acteurs concernés qui permettront une amélioration significative de votre pratique, soit, l’atteinte de pratiques optimales.

2.

Rôles et responsabilités des acteurs concernés

Les rôles et responsabilités des acteurs précisés ci-dessous vont être définis par l’organisation en fonction de son contexte et de ses ressources. Un rôle est une fonction d’un ou de plusieurs individus dans le cadre d’un objectif spécifique, relié à la mission de l’organisation. L’exemple le plus connu est la répartition du travail entre les membres de l’équipe afin d’atteindre des objectifs en termes de productivité et de qualité. Une responsabilité est une ou plusieurs tâches attendues et éventuellement mesurées par des indicateurs d’organisation, en lien avec un rôle précis assigné à un individu dans l’exercice de ses fonctions dans une organisation. Réaliser des enquêtes d’accident est un exemple de responsabilité.

À savoir : Chacun des acteurs doit contribuer au processus de RT RT Retour au travail  afin de soutenir le travailleur et lui permettre de prendre en charge sa santé de façon optimale. Le travailleur doit également apprendre à gérer sa condition au quotidien, comme son niveau de douleur ou de fatigue par exemple.

Tableau 4-1 ─ Rôle et responsabilités des acteurs concernés par le RT sain et durable (adapté de Durand, Corbière, Coutu, Reinharz et Albert (2014)

Acteurs Rôles et responsabilités

Travailleur

  • Fournir les renseignements et/ou le certificat de sa condition et situation de travail (Durand et coll., 2014).
  • Échanger avec une personne du milieu de travail, selon ses choix et préférences (Durand et coll., 2014).
  • Participer activement aux mesures visant la restauration de sa santé : adhérer à son traitement médical (World Health Organization [WHO], 2003) ainsi qu’à son évaluation de travail et développement du plan de RT (Durand et coll., 2014).
  • S’éduquer sur sa santé
  • Préparer à l’avance les questions à poser au médecin, aux cliniciens et acteurs du milieu de travail, en s’inspirant de l’approche PIVO.

Haute direction

 

  • Promouvoir le rôle du coordonnateur de RT afin qu’il soit connu et reconnu par tous les membres de l’organisation (Lemieux, Corbière et Durand, 2011).
  • Soutenir et promouvoir la mise en œuvre d’un plan d’action par les acteurs engagés pour favoriser le RT et le maintien en emploi (St-Arnaud et Pelletier, 2013).
  • Sensibiliser le supérieur immédiat au fait que le style et les pratiques de gestion visent à promouvoir le bien-être des employés, à minimiser leur niveau de stress, à les motiver et leur fournir le soutien nécessaire pour augmenter leur productivité et leur satisfaction au travail (National Institute for Health and Care Excellence [NICE], 2019). Notion de culture d’entreprise.
  • Signifier ses attentes auprès des gestionnaires (1) quant aux pratiques de soutien à adopter, (2) pour mettre en place des moyens d’évaluation visant à reconnaître leurs efforts et (3) pour s’assurer de l’actualisation de ces moyens par l’offre de formations (Lemieux et coll., 2011; St-Arnaud et coll., 2011).

Conseiller en ressources humaines

  • Collaborer avec le coordonnateur de RT en effectuant le suivi de la progression du travailleur à travers chacune des étapes du processus de RT (St-Arnaud et coll., 2011).
  • Mettre au point des moyens pour favoriser l’intégration des pratiques de soutien à la gestion médico-administrative des absences (St-Arnaud et coll., 2011).
  • Intervenir à différents niveaux tout au long du processus, notamment par la mise en place de mesures de soutien,
    d’aménagements au travail ou de prévention (St-Arnaud et Pelletier, 2013).

Syndicat ou représentant syndical

  • Lorsque plusieurs syndicats sont présents dans une organisation, collaborer avec les autres syndicats de manière à donner plus de flexibilité en termes d’aménagements au travail (MacEachen et coll., 2006).
  • S’assurer que le consentement du travailleur a été obtenu de façon éthique et appropriée pour l’échange d’information entre les acteurs impliqués (Pomaki et coll., 2010; St-Arnaud, et coll., 2011).
  • Maintenir des contacts empathiques avec le travailleur lors du RT, témoignant de la volonté de l’aider (Pomaki et coll., 2010).
  • Participer à la préparation d’un plan de RT en concertation avec le travailleur, le gestionnaire, les collègues et le coordonnateur de RT (St-Arnaud et coll., 2011).
  • S’assurer que les aménagements au travail respectent les droits conventionnés des autres travailleurs : clauses de séniorité, droit de s’absenter du travail en cas de maladie, etc. (MacEachen et coll., 2006).
  • Promouvoir l’importance du RT avec aménagements avant le rétablissement complet (MacEachen et coll., 2006).
  • Contribuer à élaborer des mesures préventives en matière de santé psychologique au travail (St-Arnaud et Pelletier, 2013).

Collègues de travail

  • Maintenir des contacts avec le travailleur lors de son absence (Tjulin, Maceachen et Ekberg, 2011), avec l’autorisation du travailleur.
  • Participer, avec l’autorisation du travailleur, à la répartition des tâches lors de la préparation du plan de RT en concertation avec le travailleur, le gestionnaire et le coordonnateur, afin d’estimer de façon plus juste l’impact des aménagements du travail sur le leur (Tjulin et coll., 2011).
  • Participer aux ajustements au travail quotidiens lors du RT de l’employé (Tjulin et coll., 2011).

Supérieur immédiat

  • Reconnaître l’état de santé du travailleur absent (c.-à-d. que le supérieur immédiat croit que le problème est bien réel), adopter une attitude empathique et réceptive, proposer des aménagements au travail et diminuer la pression et les attentes envers le travailleur pendant le processus de RT (Lemieux et coll., 2011).
  • Participer à la prévention des problèmes de santé au travail en cernant les facteurs de risque dans le milieu et en instaurant des mesures préventives (St-Arnaud et Pelletier, 2013).
  • Participer à l’analyse des plans de RT en vue de dégager des pratiques de prévention (St-Arnaud et Pelletier, 2013).
  • Impliquer les collègues, avec l’autorisation du travailleur, en leur expliquant qu’à son retour, le travailleur présentera des capacités réduites qui justifieront des mesures d’aménagements (Lemieux et coll., 2011) et considérer l’impact des aménagements sur le travail des collègues (St-Arnaud et coll., 2011).
  • Prioriser et distribuer les tâches de travail parmi le collectif de travail lors du RT de l’employé absent (Tjulin, MacEachen, Stiwne et Ekberg, 2011).
  • Privilégier un style de gestion participatif, la délégation, la rétroaction constructive, le mentorat et le coaching (NICE, 2019).

Coordonnateur de RT

  • Être une personne-ressource pour les travailleurs, les gestionnaires et le syndicat en matière de soutien au RT (St-Arnaud et coll., 2011).
  • Coordonner les activités de RT par l’intermédiaire de contacts téléphoniques ou en personne en s’assurant que les communications entre les acteurs demeurent ciblées sur les besoins et capacités du travailleur et sur le milieu de travail (Pomaki et coll., 2010).
  • Encourager les acteurs à communiquer entre eux concernant les capacités fonctionnelles du travailleur et les options de RT, avec le consentement du travailleur (Loisel et Corbière, 2011; Pomaki et coll., 2010).
  • Collaborer avec les autres acteurs de l’organisation afin de favoriser le rétablissement, le RT et le maintien en emploi du travailleur (Loisel et Corbière, 2011; St-Arnaud et coll., 2011).

Assureur

  • Il n’y a pas d’information spécifique aux assureurs dans la littérature scientifique consultée, ce qui explique pourquoi elles n’apparaissent pas dans la revue de la littérature de (Durand et coll., 2014). Les rôles et responsabilités sont définis dans les politiques des différentes juridictions. Voir ici les suggestions de nos propres partenaires sociaux (tableau 4-2).

Professionnels de la santé

L’information sur les professionnels de la santé provient de la littérature consultée portant sur les interventions, quoiqu’elle n’ait pas été colligée dans la revue de la littérature de Durand et coll. (2014) qui était orientée vers les pratiques des principaux acteurs du milieu de travail. Voir les suggestions de nos propres partenaires sociaux (tableau 4-2).

Voici les réactions ou suggestions des partenaires sociaux qui ont participé à la révision du contenu de ce site web (tableau 4-2), c.-à-d. en ce qui a trait aux éléments du tableau précédent (tableau 4-1) ou aux éléments qui n’y figurent pas.

Note : La réflexion des partenaires sociaux a mené aux rôles et responsabilités attendues des uns et des autres, ce qui a permis de mettre en lumière des enjeux qui attribuables à l’organisation des structures mises en place dans chaque entreprise pour gérer le RT RT Retour au travail  et la santé et sécurité du travail. Une façon de coordonner les actions de ces structures fait appel à une nouvelle notion : la gestion de la prévention intégrée.

Tableau 4-2 ─ Rôles et responsabilités des acteurs concernés par le RT sain et durable : réaction des partenaires sociaux aux éléments présentés ou absents du tableau 4-1.

Acteurs Rôles et responsabilités

Travailleur

  • Échanger avec une personne du milieu de travail, selon ses choix et préférences (Durand et coll., 2014).
    – Communiquer avec une personne responsable dans le milieu de travail afin de l’informer de l’évolution de sa condition médicale (attente de l’employeur).
    – Communiquer avec le représentant syndical, dès le début de l’absence, afin que celui-ci contribue au processus de RT, se prépare et évite les délais lorsqu’on fera appel à lui (attentes du syndicat).
  • Collaborer avec l’assureur en complétant les documents requis pour sa demande de prestations et en les transmettant rapidement (attentes de l’assureur privé *).
  • Compléter les documents requis pour le mandat de représentation et d’autorisation d’accès aux dossiers administratif et médical du travailleur (attentes du syndicat).
  • S’éduquer sur sa santé (OMS, 1998). Manifester de l’ouverture face aux services d’aide disponibles pour un RT saint et durable (attentes de l’assureur privé*).
  • S’informer sur les services offerts et utiliser efficacement les ressources disponibles de son organisation, par exemple le programme d’aide aux employés (attentes de l’assureur privé *).

Haute direction

  • Suivre les indicateurs de lésions professionnelles de leur organisation et intervenir au besoin.
  • Faire appel aux ressources externes de l’organisation (ergonomes, mutuelles de prévention au Québec, ressources-conseils, psychologues, etc.) pour s’engager dans des interventions plus complexes.

Conseiller en ressources humaines

  • Communiquer avec le représentant syndical, dès le début de l’invalidité d’un travailleur, afin d’entamer le processus de réadaptation (attentes du syndicat).
  • Collaborer avec le syndicat ou le représentant syndical dès le début de l’absence du travailleur pour établir des conditions favorables à la réussite du RT (attentes du syndicat).

Syndicat ou représentant syndical

  • En collaboration avec le supérieur immédiat, rencontrer les collègues de travail, afin de les informer du plan de RT et de valider sa faisabilité auprès de ceux-ci. Cette information favorise une collaboration des collègues (attentes du syndicat).
  • S’assurer du bon déroulement et du suivi tout au long du processus de RT, dès la déclaration de la lésion jusqu’à l’intégration du travailleur en emploi (attentes du syndicat).
  • Au Canada et au Québec (annexe 4.N), conformément à la charte des droits et libertés, proposer des tâches modifiées, des aménagements de poste de travail ou d’autres postes, en collaboration avec le travailleur, le comité paritaire et les parties prenantes (attentes du syndicat).
  • Contribuer à élaborer des mesures préventives (prévention intégrée, Annexe 4.O) en matière de santé au travail (attentes du syndicat).
  • Collaborer avec la personne désignée à la coordination du RT et le comité paritaire, afin d’élaborer et d’implanter des politiques de bonne gestion en matière de RT (attentes du syndicat).

Collègues de travail

  • Les représentants syndicaux indiquent que les éléments suggérés dans le tableau 3 correspondent à leurs propres rôles et responsabilités.
  • Être des accompagnateurs facilitants et flexibles dans le processus de RT du travailleur.

Supérieur immédiat

  • Comprendre les coûts et les causes de l’absence au travail afin de mieux intervenir à ce niveau (attentes de l’assureur privé*).
  • Informer rapidement l’assureur de l’absence du travailleur et lui transmettre les documents requis. Communiquer et collaborer étroitement avec l’assureur tout au long du processus de RT (attentes de l’assureur privé*).
  • Soutenir le travailleur dans la transmission de sa demande d’invalidité et tout au long du processus de RT (attentes de l’assureur privé*).
  • Effectuer une analyse des possibles aménagements au travail tout en étant créatif et flexible dans la recherche de solutions et à l’écoute des besoins réels du travailleur concerné (attentes de l’assureur privé*).
  • Réajuster les modalités du plan de RT et les aménagements au travail au besoin (attentes de l’assureur privé*).
  • Éviter les préjugés face à la condition de santé du travailleur qui risque de le stigmatiser au travail (attentes de l’assureur privé*).

Assureurs

  • Bien expliquer le contrat d’assurance aux acteurs concernés (attentes de l’assureur privé*).
  • S’assurer que le médecin traitant est d’accord avec le plan de RT proposé (attentes de l’assureur privé*).
  • Soutenir les supérieurs dans la recherche d’aménagements au travail tout en étant créatif et flexible dans la mise en place de solutions (attentes de l’assureur privé*).
  • Réajuster les modalités du plan de RT au besoin (attentes des professionnels de la santé).
  • Communiquer avec les professionnels qualifiés dans un cadre confidentiel (attentes de l’assureur privé*).
  • Effectuer des contacts téléphoniques auprès des superviseurs et le travailleur selon les besoins (attentes de l’assureur privé*).
  • Identifier les enjeux et la motivation du travailleur au RT (attentes de l’assureur privé*).
  • Documenter et clarifier la condition médicale du travailleur concerné (attentes de l’assureur privé*).
  • Collaborer à la solution de RT (attentes de l’assureur privé*).
  • Communiquer aux superviseurs les capacités et limitations fonctionnelles afin de choisir adéquatement les aménagements au travail (attentes de l’assureur privé*).

Professionnels de la santé

  • Médecin traitant : remplir adéquatement le rapport médical requis (attentes de l’assureur privé*).
  • Médecin traitant : être sensible au fait que l’invalidité sera évaluée selon la définition du contrat d’assurance (attentes de l’assureur privé*).
  • Médecin traitant : collaborer à l’identification des capacités et des limitations fonctionnelles du travailleur (attentes de l’assureur privé*).
  • Professionnels de la santé (autre que médecin traitant) : collaborer à l’évaluation, au traitement et au développement des capacités du travailleur (attente des professionnels de la santé)
  • Médecin traitant et autres professionnels de la santé : mobiliser le travailleur dans la mise en place des solutions de RT (attentes de l’assureur privé* + professionnels de la santé).
  • Médecin traitant : reconnaître qu’il peut y avoir des contraintes organisationnelles ou contractuelles dans la mesure des aménagements au travail (attentes de l’assureur privé*).
  • Professionnel de la santé (ergothérapeute ou ergonome) : évaluer l’environnement de travail pour émettre des recommandations d’adaptations et aménagements qui tiennent compte des contraintes organisationnelles ou contractuelles (attentes des professionnels de la santé).
  • Médecin traitant et professionnels de la santé : collaborer à l’élaboration et la mise en place du plan de traitement (ou plan d’intervention) visant l’optimisation des capacités du travailleur (attentes des professionnels de la santé).
3.

Actions de la personne désignée à la coordination (si en dehors du milieu de travail) à chaque étape du RT

Une action est un fait concret, réalisé individuellement ou en interaction avec d’autres acteurs. Afin de vous accompagner dans votre compréhension de la situation du travailleur en lien avec les besoins de votre entreprise, nous vous proposons des actions qui peuvent être réalisées à chacune des étapes du processus de RT RT Retour au travail  .

À ce jour, au Québec, le processus d’un RT RT Retour au travail  pour des travailleurs avec un TMS TMS Troubles musculosquelettiques  ou un TMC TMC Troubles mentaux courants est conceptualisé en six étapes (Durand et al., 2014). Ces six étapes sont les suivantes :

  1. Arrêt de travail et période de récupération ;
  2. Première communication avec le travailleur par le milieu de travail ;
  3. Évaluation du travailleur (capacités) et de son travail (exigences) ;
  4. Développement de la solution de RT RT Retour au travail  avec mesures d’aménagements au travail ;
  5. Reprise du travail (jour 1);
  6. Suivi du RT RT Retour au travail  (dans les semaines suivantes).

Cette approche met de l’avant l’importance d’évaluer le travailleur en lien avec sa situation de travail avant même la mise en place de mesures d’aménagement au travail

Il est à noter que certaines étapes peuvent être itératives. Par exemple, des évaluations ou sélections des mesures d’aménagements au travail peuvent être répétées jusqu’à l’atteinte de l’équilibre souhaité. Ainsi, le RT RT Retour au travail  sain et durable est conçu comme le résultat d’un processus dynamique où les acteurs communiquent entre eux régulièrement.

Il est de bonne pratique que les interventions ou aménagements au travail s’amorcent rapidement et sans délai dès la prise en charge. Toutefois, il est essentiel de le faire avec discernement, car il importe d’agir au « bon moment » c’est-à-dire lorsqu’il est jugé que les effets positifs sur la santé du travailleur surpassent les effets négatifs rencontrés. Ceci nécessite de prendre en compte l’ensemble des éléments du contexte : biologique, psychologique et social (incluant le milieu travail : ses problèmes, ses besoins et ses ressources disponibles).

Personne désignée à la coordination (PDC)

Étapes du retour au travail (RT) Actions

Absence et période de récupération

  • Recevoir le certificat médical par le travailleur et prendre connaissance de sa condition : ses limitations fonctionnelles, le statut et la durée de la restauration des capacités
  • Envoyer une lettre au travailleur : incluant les coordonnées de la personne ressource, les informations du processus de RT et sur les ressources d’aide disponibles à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisation

Première communication avec le travailleur par le milieu de travail

Contacter par téléphone le travailleur :

  • Se présenter et lui expliquer les rôles et les responsabilités de tous les acteurs du processus de RT
  • L’informer des activités qui peuvent en découler (suivi périodique, document à remplir et à fournir, rencontre avec médecin désigné par l’employeur, rencontre avec le médecin expert, etc.)
  • Vérifier si le travailleur accepte que son supérieur immédiat communique avec lui durant son absence et si non, vérifier s’il est à l’aise d’expliquer pourquoi et valider s’il aimait que quelqu’un d’autre de son équipe reste en contact avec lui
  • Planifier une rencontre d’évaluation qui aura lieu lorsque le travailleur s’en sentira capable

Évaluation du travailleur (capacités) et de son travail (exigences)

  • Réaliser une entrevue avec le travailleur afin d’identifier les facteurs biopsychosociaux (obstacles et facilitateurs) associés à sa récupération et à son RT
  • Collaborer avec le travailleur, le supérieur immédiat (ou personne-contact) et les cliniciens en réadaptation (si besoin) afin d’identifier les facteurs liés au travail (par ex. exigences de travail) en effectuant une analyse des tâches (charge de travail physique et mentale) et possiblement, de l’activité (toutes les dimensions du travail).

Planification de la solution de RT

  • Négocier des aménagements avec les acteurs du RT concernés (par ex. : travailleur, supérieur immédiat, représentant syndical, cliniciens, collègues de travail)
  • Informer les collègues de travail des capacités du travailleur afin de mieux comprendre le plan d’aménagements afin de réduire toute forme de discrimination et encourager le soutien entre collègues et du supérieur immédiat
  • Organiser une rencontre visant le développement du plan d’aménagements en contactant le travailleur, le supérieur immédiat, les collègues de travail, le médecin traitant ainsi que le représentant syndical et les cliniciens en réadaptation, si besoin
  • En collaboration avec les autres acteurs, supporter le supérieur immédiat dans la proposition du plan, notamment en tenant compte de la perception et rôle de chacun

Reprise du travail (jour 1)

  • Rassurer et soutenir le travailleur
  • En fonction de la situation et des processus établis, faire un suivi auprès du supérieur immédiat et du travailleur pour savoir comment s’est déroulée la première journée

Suivi du RT

  • Faire un suivi du plan de réintégration au travail auprès du travailleur, de son supérieur immédiat et représentant syndical, le cas échéant
  • Évaluer et analyser le processus de RT pour en dégager les forces et les possibilités d’amélioration
  • Ajustements des modalités prévues au besoin

D’autres tableaux, présentés par acteurs du milieu de travail sont disponibles. Bien que ces tableaux soient présentés par acteurs, il est essentiel de s’intéresser aux actions menées par les autres acteurs afin de favoriser la collaboration et la concertation , éléments fondamentaux pour un RT RT Retour au travail  sain et durable. Voici à quelles étapes de ce processus les grandes catégories d’acteurs interviennent, bien que certains acteurs plus spécifiques puissent parfois s’impliquer dans d’autres étapes, comme détaillés dans les tableaux (informations adaptées de : http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2017/17-529-01W.pdf ; (Durand et al., 2014).

4.

Évaluation du travailleur

4.1

Introduction et objectifs

Les intervenants concernés par le processus de réadaptation des travailleurs victimes d’une lésion professionnelle se doivent d’avoir une bonne connaissance et compréhension des facteurs organisationnels (en lien avec le milieu de travail), personnels et de santé (propres aux travailleurs) qui influencent positivement/négativement la durée d’absence ou le retour au travail ( RT RT Retour au travail  ). Il s’agit en fait d’une étape importante du processus d’évaluation en contexte de réadaptation. Après avoir présenté et défini ces facteurs, des outils de mesure (questions, questionnaires) valides et pratiques pour les mesurer sont proposés. Toutefois, dans la mesure où l’évaluation de ces facteurs n’est réservée qu’aux professionnels qualifiés (cliniciens, ergonomes), les autres parties prenantes du RT RT Retour au travail  ne peuvent qu’en prendre connaissance seulement, à l’exception d’un seul qui peut et doit être évalué par les acteurs de l’organisation. Il s’agit du Questionnaire sur les politiques et pratiques organisationnelles en milieu de travail . Ces outils émergent de la littérature scientifique comme ayant une valeur prédictive du RT RT Retour au travail  à la suite d’un trouble musculosquelettique ( TMS TMS Troubles musculosquelettiques  ) ou d’un trouble mental courant ( TMC TMC Troubles mentaux courants ). En cela, ils peuvent offrir un complément d’information lorsque certains facteurs qui influencent positivement/négativement semblent nécessiter une attention particulière ou encore une évaluation plus approfondie. A l’issue de cette évaluation fine, les résultats et items des outils de mesure peuvent déjà permettre de cibler certains éléments ou besoins plus spécifiques qui nécessiteraient une éventuelle intervention .

Note : Malheureusement, les facteurs en lien avec l’assureur, les systèmes de santé et législatifs n’ont pu être identifiés, faute d’études à cet égard. Il est également très important de comprendre qu’il s’agit des facteurs prédictifs de la durée d’absence ou du retour au travail seulement et non pas d’autres mesures de résultats comme la productivité ou le présentéisme , ou bien encore de la survenue de symptômes ou maladies. C’est la raison pourquoi plusieurs facteurs que l’on peut croire (à tort) être en cause ne sont pas retenus ici.

Objectif général de cette section

Connaitre et mesurer les facteurs organisationnels, personnels et de santé modifiables par une intervention en lien avec le RT RT Retour au travail  .

Objectifs spécifiques de cette section

  • Donner aux parties prenantes du RT RT Retour au travail  une vue d’ensemble des facteurs qui influencent positivement/négativement le RT RT Retour au travail  ou la durée d’absence qui ont été étudiés jusqu’à maintenant en lien avec les TMS TMS Troubles musculosquelettiques  et les TMC TMC Troubles mentaux courants .
  • Définir les facteurs qui influencent positivement/négativement à utiliser;
  • Repérer et décrire les outils de mesure pour faire leur évaluation.
  • Indiquer comment les utiliser
4.2

Éléments de méthodologie et d’interprétation de l’information

Facteurs qui influencent positivement/négativement la durée d’absence ou le retour au travail

Une revue des études prospectives (longitudinales) portant sur l’association entre les éventuels facteurs modifiables de la durée d’absence ainsi que du RT RT Retour au travail  a été nécessaire pour d’abord faire un tri des facteurs et ensuite les classer en considérant la terminologie suivante :

  • La condition de santé sous-jacente ( TMS TMS Troubles musculosquelettiques  vs TMC TMC Troubles mentaux courants );
  • Le type de facteur :
    • personnel : évaluation focalisée sur le travailleur;
    • organisationnel: évaluation orientée vers l’organisation;
    • de santé : évaluation orientée vers le travailleur et l’organisation.
  • Le niveau de preuve scientifique pour les facteurs qui influencent positivement/négativement le RT RT Retour au travail  ou la durée d’absence

Outils de mesure

La recherche bibliographique utilisée pour identifier les facteurs qui influencent positivement/négativement le RT RT Retour au travail  ou la durée d’absence a permis d’identifier les outils qui ont une valeur prédictive de la durée d’absence et du RT RT Retour au travail  . Mis à part quelques exceptions, chaque outil a fait l’objet d’une fiche informative permettant de juger de la valeur scientifique et de l’applicabilité de l’outil de mesure au contexte des utilisateurs. Les membres du comité scientifique de ce site web ont ensuite effectué une présélection des outils sur la base de critères scientifiques et d’applicabilité, approuvée par les comités scientifiques et de suivi (partenaires sociaux), tel que présenté dans le tableau ci-dessous.

Dans la mesure du possible, trois outils [1 étoile (☆), 2 étoiles (☆☆) ou 3 étoiles (☆☆☆)] sont recommandés pour chaque facteur , en suivant les critères suivants pour leur associer une valeur globale (tableau 3-1). Il faut voir cette cote d’appréciation comme un jeu de compromis entre la valeur scientifique et la valeur pratique pour les intervenants.

Cette façon de faire à l’avantage de ne pas se baser sur un jugement de valeur (du plus important au moins important) entre les critères scientifiques ou pratiques, car ils sont fonction des besoins des utilisateurs. Chacun des outils est accompagné d’une fiche informative permettant de choisir le bon outil en fonction de vos besoins et contraintes.

Valeur globale attribuée aux outils de mesure (☆☆☆, ☆☆, ☆) en tenant compte des considérations scientifiques et pratiques.

Valeur scientifique (propriétés psychométriques)*
Excellente
(5-6 / 6)
Bonne
(3-4 / 6)
Discutable
(2/6)

Valeur pratique †

Excellente (4 / 4) ☆☆☆ ☆☆☆
Bonne (3/4) ☆☆☆ ☆☆
Discutable (2/4) ☆☆ ☆☆
4.3

Facteurs qui influencent positivement/négativement le RT ou la durée d’absence

Des travaux préliminaires ont mené vers l’identification de facteurs modifiables qui influencent positivement ou négativement la durée de l’absence ou le RT RT Retour au travail  des travailleurs victimes d’un TMS TMS Troubles musculosquelettiques  et d’un TMC TMC Troubles mentaux courants . Des outils sont également proposés pour mesurer ces facteurs. Toutefois, des travaux plus complets visant à fournir la liste entière de ces facteurs sont en cours. En attendant leurs résultats, les facteurs les plus robustes, c’est-à-dire ceux dont il ne fait aucun doute qu’ils feront partie de la liste finale, sont proposés ici pour se familiariser avec la démarche d’évaluation des facteurs associés au RT RT Retour au travail  . Il s’agit de trois facteurs communs aux TMS TMS Troubles musculosquelettiques  et TMC TMC Troubles mentaux courants .

Facteurs communs aux TMS et TMC (n = 3)

Facteurs Définition Mesure (valeur) Travailleur visé
Facteurs organisationnels
La tension au travail influence négativement le RT ou la durée de l’absence Définition Job Content Questionnaire (☆☆) Ayant un TMS ou un TMC
Facteurs personnels
Un sentiment d’efficacité élevé concernant le RT Influence positivement le RT ou la durée de l’absence Définition Échelle d’évaluation du Sentiment d’Efficacité personnelle concernant le Retour Au Travail (SERAT) (☆☆☆) Ayant un TMS
Self-efficacy for return to work questionnaire (SERW) (☆☆☆) Ayant un TMS (maux de dos)
Return-to-work self-efficacy questionnaire (RTW-SE) (☆☆) Ayant un TMC
Obstacles au retour au travail et sentiment d’efficacité pour les surmonter (ORTESES) (☆☆☆) Ayant un TMS ou un TMC
Des attentes positives concernant le RT ou la durée de l’absence pour maladie influencent positivement le RT ou la durée de l’absence. Définition Sous-échelle « Pronostic de retour au travail » du questionnaire sur les obstacles au retour au travail (☆☆☆) Ayant un TMS
Work related recovery expectation questionnaire (☆☆) Ayant un TMS
Questions uniques (☆) Ayant un TMS ou un TMC
Facteurs de santé
À venir

Démarche à mettre en place

Il est recommandé de suivre la démarche qui suit pour bien utiliser cette information :

  • Lors de l’entretien avec le travailleur, mener l’entrevue en considérant les différents facteurs afin de noter de façon préliminaire les éléments qui semblent problématiques. Souligner aussi auprès du travailleur les éléments qui influencent positivement la durée de l’absence ou le RT RT Retour au travail  .
  • Les facteurs qui vous apparaissent problématiques peuvent ensuite être abordés plus en profondeur avec le travailleur. Pour certains, vous jugerez peut-être que vous avez besoin d’information supplémentaire pour vous assurer qu’ils sont bien présents. Si c’est le cas et que vous êtes qualifié pour le faire, utiliser les outils recommandés afin de relever des éléments plus spécifiques qui pourraient être ciblés pour l’ intervention . Les outils ayant une valeur globale plus élevée (nombre d’étoiles) vous guideront plus précisément dans votre entrevue avec le travailleur.
4.4

Mises en gardes et limites

Mises en garde – Facteurs qui influencent positivement/négativement la durée d’absence ou le RT

L’information livrée ici doit d’abord être considérée comme un guide pour renseigner les parties prenantes du RT RT Retour au travail  sur les éléments qui peuvent faire obstacle au RT RT Retour au travail  ainsi que les éléments qui peuvent favoriser le RT RT Retour au travail  . Il s’agit d’un outil d’accompagnement qui vise à faciliter la communication avec les travailleurs et autres parties prenantes du RT RT Retour au travail  .

Faire la somme des facteurs pour établir un score de gravité de la situation d’incapacité du travailleur est à proscrire pour les raisons suivantes : le poids ou l’influence des différents facteurs n’est pas connu, ni l’interaction entre ces différents facteurs. De plus, certains facteurs influencent positivement les résultats peuvent contrebalancer l’impact de certains facteurs qui influencent négativement ces résultats.

La présence de facteurs organisationnels influençant négativement le RT RT Retour au travail  devrait idéalement s’accompagner d’une évaluation en profondeur du contexte du travail et d’une visite en milieu de travail, toutes deux effectuées par un intervenant qualifié (par ex. ergonome, ergothérapeute, conseillé en réadaptation). En tant qu’intervenant, il est important de mettre à profit votre jugement du portrait d’ensemble du travailleur et surtout, de contextualiser ce portrait en fonction de l’univers du travailleur et de l’organisation. L’évaluation et l’ intervention constituent un art en soi.

Prendre connaissance des facteurs personnels permet certes de dresser un portrait plus complet de la situation du travailleur, mais doit être traités avec vigilance, les sphères du travail et de la vie personnelle n’étant pas toujours étanches.

Mises en garde – Outils de mesure

Les facteurs qui influencent positivement/négativement la durée d’absence ou le RT RT Retour au travail  ne peuvent être évalués que par des professionnels accrédités, ce qui implique des coûts pour l’organisation, le cas échéant. Cette information est donnée dans la description des outils qui en permettent la mesure.

Il est important de rappeler que l’auto-administration ou l’administration d’un questionnaire par une personne non qualifiée peut entraîner des conséquences indésirables comme le calcul de scores erronés et la mauvaise interprétation des résultats qui peuvent en découler.

Lors de l’utilisation éventuelle d’un outil de mesure auprès d’un employé ou d’un client, nous souhaitons préciser que la philosophie de l’équipe de cette plateforme vise, avant tout, à investiguer plus en détail certains facteurs, selon le type d’absence du travailleur ( TMS TMS Troubles musculosquelettiques  , TMC TMC Troubles mentaux courants ). Mais au final, les résultats issus de ces outils de mesure seront utilisés pour mieux comprendre le travailleur et de mettre en place un dialogue avec ce dernier, plutôt que d’établir des seuils qui permettraient à l’intervenant de catégoriser la personne évaluée. L’équipe préconise donc une philosophie de dialogue avec le travailleur concerné en vue de mieux l’accompagner ou de le conseiller.

Limites – Facteurs qui influencent positivement/négativement le RT ou la durée d’absence

Seulement les facteurs personnels, organisationnels et relatifs à la santé permettant la prédiction de la durée de l’absence ou du RT RT Retour au travail  sont considérés. Les facteurs en relation avec d’autres mesures de résultats, tels que la productivité, le présentéisme ou le statut de travail (retour partiel, retour complet, maintien au travail ) ne sont donc pas identifiés. C’est également le cas pour les facteurs prédictifs de symptômes ou maladies, ce qui peut expliquer pourquoi plusieurs facteurs que l’on peut croire être en cause ne sont pas retenus ici, mais plutôt dans des études ou revues portant sur la prévention primaire.

Les sources disponibles ne permettaient pas non plus d’identifier les facteurs environnementaux hors du milieu de travail, tel que les facteurs au niveau sociétal ou au niveau du système de santé, du système assuranciel et de la communauté. Les études portant sur ces autres facteurs sont beaucoup moins nombreuses, ce qui explique ce choix. Le modèle écologique de l’incapacité au travail permet de bien comprendre l’univers dans lequel les facteurs peuvent être identifiés.

Limites – Outils de mesure

Un même facteur est souvent défini/opérationnalisé différemment selon les auteurs. De plus, chaque outil ne capture qu’une partie de la définition « exhaustive » de chaque facteur . Il en découle que l’utilisation de plus d’un outil est parfois nécessaire pour se rapprocher de l’évaluation complète d’un facteur (par ex. utiliser deux questionnaires pour mesurer les obstacles perçus lors du RT RT Retour au travail  ). Enfin, il faut savoir que les qualités d’un même outil peuvent varier selon la langue et la population cible.

L’évaluation de chacun des facteurs implique différents types d’outils qui présentent plusieurs propriétés psychométriques. Ces qualités ou propriétés psychométriques nous permettent de faire des recommandations quant à l’utilisation ou non de l’outil. Cet exercice est souvent difficile, car chaque outil possède des forces et des limites. Dans la mesure du possible, nous recommandons un ou plusieurs outils pour évaluer un facteur , et ce, en fonction des critères scientifiques et d’applicabilité dans le contexte des utilisateurs. Ce compromis n’est pas toujours simple à déterminer et il est donc fortement suggéré de prendre en considération les arguments ou critères qui ont été évoqués avant d’utiliser l’outil.

Les outils de mesure sont destinés aux intervenants, car la recherche s’est d’abord intéressée au rôle joué par ces derniers. C’est à la lumière de la revue de la littérature qu’il a été possible d’en faire le constat.

5.

Interventions efficaces

5.1

Introduction

Les interventions présentées ici font référence aux activités réalisées par un ou plusieurs professionnels qualifiés (par ex. ergothérapeute) en collaboration avec un ou plusieurs acteurs du milieu de travail (par ex. le responsable de la gestion des absences). Notre recherche est axée sur les TMS TMS Troubles musculosquelettiques  et TMC TMC Troubles mentaux courants . Toutefois, dans la littérature consultée, plusieurs auteurs se sont aussi intéressés à la santé globale des travailleurs. C’est pourquoi nous vous présentons les interventions en regard de chacune de ces problématiques : TMS TMS Troubles musculosquelettiques  , TMC TMC Troubles mentaux courants , santé globale. Cibler la santé globale ouvre la voie à la prévention (notion de prévention intégrée), une préoccupation importante de plusieurs milieux de travail.

Rappel : l’objectif thérapeutique est de restaurer les capacité s du travailleur et ultimement, de lui permettre un RT RT Retour au travail  sain et durable.

Plusieurs recherches s’accordent sur le fait que certaines interventions visant un RT RT Retour au travail  sain et durable de travailleur avec un TMS TMS Troubles musculosquelettiques  ou un TMC TMC Troubles mentaux courants sont efficaces et peuvent même revêtir une dimension thérapeutique. Ces recherches démontrent l’efficacité de combiner des composantes cliniques et de travail pour un RT RT Retour au travail  sain et durable (Cullen et al., 2018; Franche et al., 2005; Nastasia et al., 2017).

Les interventions efficaces, parfois appelées programmes, incluent des composantes de nature différente : activité/exercice physique, principes cognitivo-comportementaux*, éducation et information, relaxation et pauses, aménagement au travail (tâches, poste ou environnement de travail ).

En effet, dans le cadre de ces interventions, c’est l’interaction entre la santé du travailleur et sa réalité au travail qui est visée. Toutefois, l’efficacité de ces combinaisons dépendrait de nombreux facteurs liés à l’implantation de l’ intervention en milieu de travail tels que la communication/collaboration des acteurs et les ressources disponibles.

À savoir : La mesure la plus communément utilisée pour évaluer l’efficacité et l’effet des interventions sur le RT RT Retour au travail  est la durée de l’absence avant la reprise du travail ou le pourcentage des travailleurs réellement retournés au travail. Seulement quelques revues font état du maintien des effets de ces interventions dans le temps (notion de durabilité des solutions) une fois que le travailleur a réintégré son milieu de travail. C’est pourquoi cette notion n’est pas présentée ici.

Présentation des interventions

En regard des importants travaux de Cullen et al. (2018), il est possible de conclure qu’un programme englobant au moins deux des trois domaines d’ intervention pour le RT RT Retour au travail  puisse réduire la durée de l’absence. Les définitions de ces domaines sont présentées dans le tableau ci-dessous. Il s’agit du message le plus important livré par ces travaux. En conséquence, les interventions efficaces pour les TMS TMS Troubles musculosquelettiques  , TMC TMC Troubles mentaux courants et pour la santé globale des travailleurs ont été classées en fonction du nombre de domaines identifiés.

Tableau 4-4 Définitions des domaines d’interventions visés pour un RT sain et durable selon Cullen et al. (2018)

Domaines d’interventions Définition

1) Santé

  • Ces interventions visent la facilitation de la prestation de services de santé au travailleur concerné, sur le lieu de travail ou dans des milieux liés au travail. Exemple : visite chez le physiothérapeute à l’initiative du milieu de travail.
  • Des interventions spécifiques du milieu de la santé pour lesquelles une synthèse des preuves a été réalisée incluant les composantes suivantes : activité / exercice gradué, thérapie cognitivo-comportementale, conditionnement au travail (work hardening) et interventions multi composantes axées sur la santé – qui comprenaient souvent les composantes ci-dessus ainsi que l’évaluation médicale, la physiothérapie, la psychothérapie ou l’ergothérapie.

 

2) Coordination des services

  • Ces interventions ont été conçues pour mieux coordonner la prestation des services et l’accès à ceux-ci afin d’aider le RT et favoriser l’implication du milieu de travail dans le processus.
  • La coordination vise l’amélioration de la communication sur le lieu de travail ou entre le lieu de travail et les acteurs du milieu de la santé. Exemples : développement de la solution de RT, gestion de cas ou la formation.

3) Aménagements au travail

  • Ces interventions visent la modification de l’organisation du travail ou l’implantation de mesures d’aménagements au travail. Exemples : ajustements ergonomiques ou autres.

 

Étant donné que la description des composantes faisant référence aux aménagements au travail est très peu détaillée, une liste d’aménagements au travail a été produite.

 

Avant de choisir le type d’ intervention qui vous intéresse ( TMS TMS Troubles musculosquelettiques  , TMC TMC Troubles mentaux courants , santé globale), il est important de s’entendre sur le vocabulaire utilisé dans cette section (figure 7). En effet, il y a beaucoup de variation dans l’utilisation de ces termes en recherche ou en clinique.

 

Figure 7 − Illustration du lien hiérarchique entre les concepts utilisés dans la section Interventions efficaces

 

L’ intervention ou le programme est constitué de composantes d’intervention classées dans les trois grands domaines d’intervention. Ainsi, une intervention peut être constituée de composantes qui se situent dans un, deux ou trois domaines d’intervention.

Il est à noter que les aménagements au travail peuvent également être une composante d’intervention.

5.2

Démarche générale proposée

Démarche en trois étapes suggérée pour l’évaluation et l’intervention des travailleurs :

1) En fonction de votre évaluation du travailleur (notamment en considérant les facteurs qui influencent positivement/négativement le RT RT Retour au travail  ) et des éléments contextuels (ressources disponibles), déterminez a priori si la solution de RT RT Retour au travail  comprendra les trois domaines d’interventions suivants :

  • Santé;
  • Coordination des services
  • Aménagements au travail

2) Sélectionnez, parmi les interventions démontrées efficaces présentées dans les tableaux, celle qui semble le mieux s’harmoniser avec les domaines à l’étape 1.

Tableau pour les TMS

Tableau pour les TMC

Tableau pour la santé globale

3) Finalement, partagez vos rôles et responsabilités.

5.2.1

Démarche à suivre pour les TMS

Afin d’assurer un RT RT Retour au travail  sain et durable aux travailleurs avec un TMS TMS Troubles musculosquelettiques  , la méthodologie de recherche nous a permis d’identifier 53 interventions (programmes) regroupées en 11 catégories (voir tableau 4-5). Les termes intervention et programme sont utilisés, dans le cadre ces travaux, en tant que synonymes, tel que dans les écrits consultés.

Tableau 4-5 ─ Catégories d’interventions efficaces pour un TMS, avec au moins une composante en milieu de travail. Cliquez sur les titres en gras et soulignés (ici C.1, C.2 ou C.3),  pour connaître les composantes de chaque programme.

C.1 Interventions multi composantes englobant les 3 domaines visés pour un RT sain et durable

C.1.1 Programme intégrant de l’activité/exercice physique ou l’école du dos

C.1.2 Programmes intégrant des aménagements au travail

C.1.3 Programmes intégrant des interventions multidisciplinaires/interdisciplinaires de
réadaptation

C.1.4 Programmes intégrant des interventions occupationnelles couplées ou non à des interventions éducationnelles ou cliniques

C.1.5 Programmes intégrant des interventions ciblant le soutien social

C.1.6 Thérapies cognitives (TCC, traitement comportemental)

C.2 Interventions multi composantes englobant 2 des 3 domaines visés pour un RT sain et durable

C.2.1 Programmes de promotion de la santé

C.2.2 Programmes de gestion de la douleur

C.3 Interventions axées sur la santé, soit un domaine visé pour un RT sain et durable

C.3.1 Intervention de prévention

Autres interventions *

Programmes intégrant des évaluations des exigences du travail (avant l’assignation à des travaux légers ou modifiés)

Programmes intégrant des interventions de retour précoce au travail et d’aménagement au travail

Constats :

  • La recension des écrits effectuée par l’équipe de recherche a mené à un consensus sur le fait que l’ intervention avec une composante en milieu de travail est bénéfique à un RT RT Retour au travail  sain et durable.
  • Une intervention englobant au moins deux des trois domaines d’intérêt pour le RT RT Retour au travail  (tableau 4.4) réduit la durée de l’absence.
  • Parmi les nombreuses composantes identifiées en lien avec les différentes interventions efficaces, certaines sont plus fréquentes que d’autres, c’est-à-dire plus souvent mesurées dans la littérature : l’activité/exercice physique en milieu de travail, l’approche multidisciplinaire/interdisciplinaire et écoles de dos, l’ intervention ergonomique et le traitement comportemental.
  • L’activité/exercice physique peut être utilisée comme intervention complémentaire à des mesures ergonomiques. Lorsque jumelée à une autre composante, l’activité/exercice physique est vue comme la composante primaire et l’implication du milieu de travail, comme la composante secondaire.
  • L’essentiel de l’école de dos est l’encouragement du travailleur à l’activité et le rendre actif malgré son incapacité à réaliser certaines tâches. Par ex. exercice, conditionnement physique, formation sur les méthodes de travail et techniques de levage.
  • L’ intervention ergonomique peut faire référence à différentes approches de la discipline : l’évaluation des exigences de la tâche ou du poste de travail, l’ ergonomie participative , l’adaptation du milieu de travail, l’adaptation des tâches et des heures de travail, le rôle actif et supportant du supérieur immédiat.
  • La combinaison entre des composantes des différents domaines d’ intervention (santé, coordination des services, aménagements au travail) est fréquente dans la littérature consultée et semble efficace.
  • La composante « aménagements au travail » peut comporter différentes interventions telles que les aménagements concernant l’ environnement de travail , l’équipement, l’évaluation et l’ajustement des exigences physiques et cognitives du travail, le remplacement surnuméraire et l’assignation temporaire à des travaux légers. (En savoir plus sur les aménagements au travail)
  • La prise en compte des principes cognitivo-comportementaux, souvent envisagée pour les TMC TMC Troubles mentaux courants , semble également être un ajout précieux à d’autres interventions pour un RT RT Retour au travail  sain et durable auprès de travailleurs avec un TMS TMS Troubles musculosquelettiques  .

Note : Découvrez cette vignette (Annexe 4.I) portant sur Adèle, une travailleuse aux prises avec une incapacité liée à des maux de dos.

5.2.2

Démarche à suivre pour les TMC

Pour les travailleurs avec un TMC TMC Troubles mentaux courants , la méthodologie de recherche nous a permis d’identifier 7 interventions (ou programmes) regroupées en 4 catégories (tableau 4-6).

Tableau 4-6 ─ Interventions efficaces pour un TMC, avec au moins une composante en milieu de travail. Cliquez sur les titres en gras et soulignés (ici D.1, D.2 ou D.3), pour connaître les composantes de chaque programme.

D.1 Interventions multi composantes englobant 2 des 3 domaines visés pour un RT sain et durable

D.1.1 Programme multidisciplinaire/interdisciplinaire

D.2 Interventions englobant 1 des 3 domain visés

D.2.1 Programmes intégrant de l’activité/exercice physique

D.2.2 Thérapies cognitives (TCC*, traitement comportemental, counseling, immersion)

D.3 Interventions organisationnelles couplées à des interventions de formation

Constats :

  • Les interventions efficaces pour le TMC TMC Troubles mentaux courants sont beaucoup moins nombreuses que pour le TMS TMS Troubles musculosquelettiques  et sont composées essentiellement des domaines de la santé et de la coordination des services (tableau 4-4).
  • Les composantes concernent surtout des activités éducationnelles et de la formation sur la résolution de problèmes et les habiletés communicationnelles.
  • On remarque également qu’en plus de la prise en compte de l’approche biopsychosociale, il y a présence de la composante de coordination des services dans les programmes multidisciplinaires/interdisciplinaires pour un TMC TMC Troubles mentaux courants .

Note : Découvrez cette vignette (Annexe 4.J) portant sur Chloé, une travailleuse aux prises avec une incapacité liée à un stress intense au travail.

5.2.3

Démarche à suivre pour la santé globale

Enfin, des données scientifiques ont aussi été trouvées concernant la santé globale, c’est-à-dire les interventions qui s’appliquent à toutes conditions de santé des travailleurs. Dans ce cas, la méthodologie de recherche nous a permis d’identifier 21 interventions (ou programmes) regroupées en 7 catégories (tableau 4-7).

Tableau 4-7 ─ Interventions efficaces pour la santé globale. Cliquez sur les titres en gras et soulignés (ici E.1, E.2 ou E.3), pour connaître les composantes de chaque programme.

E.1 Intervention englobant 2 des 3 domaines visés pour un RT sain et durable

E.1.1 Programmes en promotion de la santé

E.1.2 Programmes intégrant des aménagements au travail

E.1.3 Programmes intégrant des interventions organisationnelles

E.2 Intervention axée sur la santé

E.2.1 Programmes intégrant de l’activité/exercice physique

E.3 Intervention axée sur la coordination

E.3.1 Programmes intégrant la formation sur les habiletés

E.3.2 Programmes ou interventions multidisciplinaires/interdisciplinaires

E.3.3 Programmes de supervision

Constats :

  • Les composantes des interventions pour la santé globale peuvent provenir d’un ou deux domaines d’ intervention (tableau 4-7), à savoir : la santé, la coordination de services et les aménagements au travail.
  • La réduction des exigences cognitives et physiques relève généralement du domaine des aménagements au travail (pour des exemples d’aménagements au travail, cliquez ici), car l’ intervention vise la modification de l’ environnement de travail . Toutefois, une intervention visant l’augmentation des capacité s du travailleur en milieu de travail relèverait du domaine de la santé, car l’ intervention viserait alors l’éducation du travailleur de manière à contrôler ces exigences.
  • Comme dans le cas des interventions efficaces visant les TMS TMS Troubles musculosquelettiques  et les TMC TMC Troubles mentaux courants , des composantes éducationnelles et de formation semblent fréquemment associées aux interventions visant la santé globale. Ainsi, il est à noter que des composantes telles que l’éducation sur la santé physique et mentale, les formations professionnelles, la formation sur le type de leadership et la santé au travail et les formations sur les habilités communicationnelles peuvent être combinées à des composantes autant du domaine de la santé que celui de la coordination des services ou des aménagements des conditions de travail. (pour des exemples d’aménagements au travail, cliquez ici).
6.

Synthèse des interventions efficaces

Cette synthèse, présentée dans le tableau 4-8, permet de découper différemment l’information présentée précédemment (mêmes catégories d’ intervention ), soit en en indiquant les cibles des interventions. On peut également noter la quantité de preuve disponible (nombre de revues systématiques) pour les interventions portant sur les TMS TMS Troubles musculosquelettiques  , les TMC TMC Troubles mentaux courants et la santé globale.

En résumé :

  1. Les programmes intégrant l’activité physique ou l’approche multidisciplinaire/interdisciplinaire favoriseraient le RT RT Retour au travail  pour les TMS TMS Troubles musculosquelettiques  , TMC TMC Troubles mentaux courants et la santé globale.
  2. La promotion de la santé, le soutien social et les aménagements au travail favoriseraient un RT RT Retour au travail  pour les TMS TMS Troubles musculosquelettiques  et la santé globale.
  3. Les thérapies cognitives favoriseraient un RT RT Retour au travail  pour les TMC TMC Troubles mentaux courants , mais aussi les TMS TMS Troubles musculosquelettiques  .

Tableau 4-8 − Efficacité des interventions pour les TMS, les TMC ou la santé globale, en fonction de leurs cibles

Catégories d’intervention observées pour les TMS, TMC et santé globale et regroupées dans ce tableau synthèse. TMS (53)* TMC (7) Santé globale (21)

Cible les comportements du travailleur liés à la santé

Promotion de la santé

Prévention

Activité/exercice physique

Cible l’accompagnement du travailleur

Soutien social

Supervision

Cible le milieu de travail du travailleur

Aménagement au travail

Programme multidisciplinaires/interdisciplinaires

Interventions occupationnelles couplées ou non à des interventions cliniques ou éducationnelles

Évaluation des exigences du travail (avant l’assignation à des travaux légers ou modifiés)

Programme de retour précoce au travail et aménagement au travail

 

Interventions organisationnelles couplées ou non à des interventions éducationnelles ou de formation

Interventions organisationnelles

Cible les cognitions du travailleur

Programmes de gestion de la douleur

Thérapies cognitives (TCC, traitement comportemental)