Annexe 4.I – Vignette TMS (maux de dos)

Situation

Adèle, une vaillante infirmière, travaille depuis des années en centre hospitalier, au département d’urgence où elle se sent reconnue et utile. À 58 ans, elle a toujours aimé travailler avec le public et a fait preuve d’initiative et d’autonomie. Ses longues journées et son surpoids l’ont amené à développer un mal de dos. Puis un matin, en remontant un patient dans son lit, elle a ressenti une forte douleur dans le bas du dos.

Elle communique l’information à son supérieur immédiat. Il lui remet un formulaire d’assignation temporaire (forme spécifique de travaux légers, propre au Québec) dûment rempli, incluant la description des tâches disponibles pour elle. Elle consulte son médecin traitant qui approuve l’exécution de travaux administratifs en position assise telle que proposée par son supérieur immédiat.

Une semaine plus tard, Adèle constate que la douleur s’intensifie et retourne voir son médecin traitant. Il lui signe un formulaire d’arrêt de travail d’une durée de quatre semaines. De plus, le médecin lui prescrit de la réadaptation dans une clinique combinant physiothérapie et ergothérapie.

Actions/acteurs par étapes de RT

1. Arrêt de travail et période de récupération

  • Adèle informe par téléphone la personne des ressources humaines de son absence et consent à ce que son supérieur immédiat la contacte, au besoin. Elle communique également avec le représentant syndical.
  • Elle prend un rendez-vous à la clinique de physiothérapie et d’ergothérapie de son quartier, mais finalement ne se présente pas à son premier rendez-vous ni les suivants. Selon elle « la douleur va passer ».

2. Première communication avec le travailleur par le milieu de travail

  • Son supérieur immédiat lui téléphone et s’informe de son état de santé.
  • Il évite de la questionner sur sa réadaptation et son retour au travail. Il privilégie le soutien social et la rassure quant à la reprise éventuelle de son poste habituel.

3. Évaluation du travailleur (capacités) et de son travail (exigences)

  • Aucune évaluation des capacités au travail d’Adèle, ni de son poste n’a été effectuée.
  • Bien qu’une politique de prévention des lésions professionnelles au travail soit disponible au centre hospitalier où Adèle travaille, elle n’est pas appliquée de façon systématique (notion de prévention intégrée, Annexe 4.O).

4. Développement de la solution de RT avec aménagements au travail

  • Mise en place de la mesure d’assignation temporaire par le supérieur immédiat : des travaux administratifs réalisés en position assise à raison de trois jours par semaine pour une période de trois mois.

5. Reprise du travail (jour 1) & 6. Suivi du RT (dans les semaines suivantes)

  • La journée de la reprise du travail, le supérieur immédiat accueille chaleureusement Adèle.
  • Dans les jours suivants, il constate qu’Adèle a besoin de surveillance pour qu’elle ne dépasse pas les limites indiquées par son médecin, car « elle en fait toujours trop ». Il s’assure donc qu’elle prenne ses pauses et son diner selon l’heure et la durée indiquées. Il lui permet aussi de gérer ses pauses elle-même, selon ses besoins.
  • À la fin de l’assignation temporaire, Adèle est découragée : sa douleur persiste, la tâche réalisée n’est pas motivante et elle s’ennuie de ses collègues de travail de l’urgence.

 

Éléments d’apprentissage

Forces de la gestion du cas d’Adèle :

  • L’assignation temporaire qui permet au travailleur de réduire l’exigence de travail en heures et en intensité, avant même d’envisager son rétablissement complet. Elle offre également au travailleur de garder un contact positif avec son milieu de travail.
  • L’engagement du supérieur immédiat dans le processus de RT : il remet à Adèle un formulaire d’assignation temporaire dûment rempli et surveille son comportement « engagé et enthousiaste » au travail. En effet, ce comportement peut compromettre l’adéquation entre ses capacités réelles actuelles et les exigences des tâches.
  • La recommandation du médecin traitant de consulter une clinique de physiothérapie et d’ergothérapie (interventions multidisciplinaires/interdisciplinaires), qui favorise l’action concertée et permet de cibler les éléments suivants :
    • Le physiothérapeute intervient, entre autres, en prévention et promotion de la santé, et lors de l’évaluation et du traitement du TMS;
    • L’ergothérapeute intervient, entre autres, au niveau de la réalisation des activités de la vie quotidienne, de l’évaluation des exigences de travail et la préparation physique du travailleur lors d’un RT.
    • La réadaptation dans un contexte multidisciplinaire ou interdisciplinaire permet également d’aider le travailleur à reconnaître les signes de rechutes et des stratégies pour l’éviter (psychothérapeute, ergothérapeute).

Faiblesses de la gestion du cas d’Adèle :

  • L’insuccès de la proposition d’assignation temporaire :
    • La position assise, de façon prolongée, a possiblement exacerbé la douleur d’Adèle. Le supérieur immédiat ne savait probablement pas que cette position était délétère dans un cas de mal de dos. Il aurait été nécessaire que le médecin traitant soit sensible à cette information et prescrive l’alternance de posture (position debout, semi-assise et assise) tout au long de la journée.
    • Lors du développent de la solution de RT, le point de vue d’Adèle n’a pas été considéré. Le supérieur immédiat a davantage fondé sa décision sur ses limitations fonctionnelles que sur les capacités/forces ou les préférences d’Adèle.
    • En conséquence, les tâches qui lui ont été assignées n’étaient probablement pas appropriées comme mesure de RT : elles ne mettaient pas à profit les compétences professionnelles et les qualités propres d’Adèle. De plus, elle se trouvait éloignée de ses collègues de travail du département d’urgence.
  • L’absence d’action concertée au sein de l’organisation. Une réunion avec le supérieur immédiat et le représentant syndical en présence d’Adèle aurait permis de discuter plus amplement des options disponibles pour elle. De plus, la présence de la préventionniste de l’hôpital ou d’un ergothérapeute, aurait été d’une aide significative.
  • L’absence de politique de prévention intégrée des lésions professionnelles au sein du milieu de travail d’Adèle (renvoie à un des quatre principes du RT, interlien). L’instauration d’une telle politique permettrait de faire part de l’incident d’Adèle au comité de SST (en occurrence la préventionniste) de manière à réviser la tâche de déplacement des patients. En complément, une formation sur des techniques de déplacements sécuritaires des patients pourrait être planifiée. Les modifications réalisées, le cas échéant, aideraient à prévenir ce type d’incident au bénéfice de tout le personnel infirmier ainsi qu’aux préposés aux bénéficiaires de l’organisation.

Outil pour les employeurs québécois

  • Bien que l’assignation temporaire soit une mesure favorable pour le RT sain et durable, les acteurs ou les milieux de travail sont bien souvent peu outillés pour la planifier et l’implanter. Un outil est maintenant disponible pour vous aider à opérationnaliser les bonnes pratiques de RT et à impliquer plus systématiquement le travailleur dans la démarche. Il s’agit de l’outil SPATEQ : Soutien à la Pratique de l’Assignation Temporaire destiné aux Employeurs Québécois (Lemelin, Durand et Sultan-Taieb, 2017).
  • Lorsque l’assignation temporaire est réalisée de façon optimale, il y a de nombreux avantages tant pour l’organisation que pour le travailleur.